Langis GALLANT
Le piège de la lecture de pensée et des déductions hâtives en communication
Nous avons tous déjà vécu cette situation : quelqu’un nous regarde d’une certaine façon, répond brièvement, ou garde le silence… et presque instantanément, une pensée surgit :
« Il pense sûrement que… »
« je pense qu’il pense que … »
À ce moment-là, sans nous en rendre compte, nous entrons dans ce qu’on appelle en psychologie la lecture de pensée, la conviction de savoir ce que l’autre pense, sans lui avoir demandé.
Et parfois, nous allons encore plus loin :
“Je pense que l’autre pense que je pense…”
Bienvenue dans le monde des méta-représentations.
Mais qu’est-ce qui se passe dans notre tête ?
Notre cerveau déteste le vide. Quand une situation est floue, il comble les trous.
Mais il ne comble pas avec la réalité… il les comble avec ce que nous avons sous la main : nos peurs, nos expériences, nos habitudes.
Ainsi, nous croyons comprendre l’autre… alors que nous nous projetons tout simplement..
Le piège des niveaux de pensée
Regardons ce mécanisme :
Je pense
Je pense que l’autre pense
Je pense que l’autre pense que je pense
À chaque étape, on s’éloigne du réel.
Et pourtant, on agit comme si c’était sûr.
Exemple dans le couple =
Imaginons une scène simple.
Vous dites quelque chose à votre partenaire… et il ou elle répond brièvement : “Oui, d’accord.”
Silence.
Et là, la machine à penser s’emballe :
“Il (elle) pense que je suis pénible avec mes demandes.” “Il (elle) en a marre de mes propositions de sortie au cinéma.”
Puis un niveau au-dessus :
“On dirait(elle) qu’il s’en fiche…”
Résultat ? Vous changez de comportement : vous vous fermez, vous devenez froid… ou vous attaquez.
Et pourtant… Peut-être que l’autre pensait simplement : “ Je suis fatigué, on en reparlera plus tard ” ou « C’est une très bonne idée ».
Un malentendu vient de naître… sans qu’aucun mot problématique n’ait été prononcé.
Exemple au travail =
Vous envoyez un mail à un collègue ou à votre responsable. Pas de réponse pendant plusieurs heures.
Et là :
“Pourquoi Il (elle) ignore mon message.” “Il (elle) n’a pas trouvé ça pertinent.” “Il (elle) ne m’aime pas.”
Puis encore un niveau :
“Il (elle) a mal compris mon message, il (elle) se sent attaqué -e”
Résultat ? Vous allez vous justifiez maladroitement ou vous vous sentez mal toute la journée.
Alors que la réalité peut être beaucoup plus simple : il (elle) était en réunion. Ou débordé-e.
Une spirale mentale épuisante
Dans ces moments-là, nous ne sommes plus dans la relation réelle.
Nous nous inventons un film intérieur, où :
chacun joue un rôle
chacun pense à la place de l’autre
mais personne ne vérifie
Et plus le scénario est complexe, plus il nous semble vrai.
Pourquoi ça arrive ?
Parce que notre cerveau préfère une histoire ,même fausse à l’incertitude.
Parce que ne pas savoir ce que l’autre pense est inconfortable.
Alors nous inventons nos histoires.
Comment sortir de ce piège ?
Voici trois repères simples :
1. Revenir aux faits dans le couple :
“Il a répondu brièvement.” (Réalité) Pas : “Il s’en fiche de moi.” (Hypothèse)
Au travail :
“Il n’a pas encore répondu.” (Réalité) Pas : “Il ne me respecte pas.” (Hypothèse)
2. Vérifier plutôt que supposer :
“J’ai l’impression que tu n’as pas trop envie de parler de ce sujet, je me trompe ?”
Au travail :
“Je vois que tu n’as pas répondu à mon message .”
Conclusion
La communication ne se joue pas seulement dans ce que nous disons… mais dans ce que nous imaginons chez l’autre.
Et souvent, nos erreurs ne viennent pas de mauvaises intentions, mais de pensées que nous prêtons à l’autre sans vérifier.
Alors peut-être que la clé est simple :
Remplacer
“Je sais ce qu’il pense”
par
“Je vais lui demander ce qu’il pense.”
Parce qu’au fond, la communication, ce n’est pas deviner… c’est oser rencontrer l’autre dans la réalité.
Langis Gallant.
